La mémoire de notre père , le saint Jean le Renégat
Notre père Jean, après avoir quitté le monde, se consacre à la vie monastique et, voulant rester dans le désert, il s'installe en Palestine, près de Jérusalem; ici, il passe tous les jours de sa vie dans le jeûne et la prière.
Avant de mourir, Jean remet son ouvrage à son ami Sophronie, futur patriarche, qui le diffuse déjà parmi le peuple.
- A nous, Jean et Sophronie, l'abbé Dionysius, préfet et conservateur de la sainte église qui se trouvait à Ascalon [Ascalon - une des plus anciennes villes de Palestine, sur la côte de la mer Méditerranée], a raconté à propos de l'abbé Jean le réformateur que cet homme était grand dans sa vie et très agréable à Dieu.
Il habitait aux environs du village de Séhousta, à vingt stades de Jérusalem. Dans sa grotte, ce vieillard avait une image de la Sainte Vierge Marie, représentée tenant dans ses mains l'enfant éternel, le Christ notre Dieu.
Et il faut dire que quand cet ancien voulait aller quelque part: dans son désert lointain, ou à Jérusalem, pour adorer la croix honnête et le tombeau du Christ, et en général quand il voulait visiter certains lieux saints de Jérusalem; ou quand il voulait prier sur le mont Sinaï ou à ces saints martyrs dont les restes étaient loin de Jérusalem - car cet ancien aimait rendre hommage aux saints, de sorte qu'il allait parfois même à Éphèse - au tombeau de saint Jean.
Il a été élevé dans la religion chrétienne par un théologien, et parfois par le révérend Théodore à Evhaïte, et même par saint Fecle à Séleucie Isaurienne [Séléucie Isaurienne, - en Cilicie; a été construite par Séleuc I Nicanor, fondateur de la monarchie des Séleucides.] - en d'autres termes, partout où il allait à la prière, il plaçait toujours dans sa cellule devant cette image de la Vierge la Candille [Candille - une coupe en verre dans laquelle on brûlait des olives et on plaçait des icônes.] et, comme d'habitude, il l'allumait et le plaçait sur le
Il a prié Dieu de bénir son voyage.
Et en même temps, regardant l'icône de la Sainte Mère de Dieu, il la suppliait toujours ainsi: "Pure Maîtresse de la Mère de Dieu, puisque je m'en vais dans un voyage lointain et long, tu dois toi-même regarder derrière ta bougie, et, par ma prière à toi, l'observer sans s'éteindre jusqu'à mon retour; moi, ayant ton aide qui m'accompagne, je m'en vais sur le chemin que j'ai prévu.
Et ce n'est qu'après cela qu'il se mit en route, et qu'il demeurait en chemin, quand le mois était deux ou trois, et parfois cinq ou même six mois; et quand il revenait, il trouvait toujours la cheminée pleine et allumée, comme il l'avait laissée en partant, et il ne la trouvait jamais éteinte.
Il y avait là une route très étroite, entre deux clôtures d'épines, avec lesquelles les agriculteurs entouraient habituellement leurs champs, et elle était si étroite qu'une seule personne pouvait à peine la traverser sans aucun fardeau.
Et voici, Jean et le lion s'approchèrent l'un de l'autre, et le vieillard ne voulut pas se détourner du chemin du lion, et le lion ne pouvait pas s'écarter dans l'espace étroit, et ils ne pouvaient pas passer l'un de l'autre.
Alors le lion, voyant que l'homme agréable à Dieu ne voulait pas revenir en arrière et qu'il avait l'intention de suivre le chemin qui lui était dû, se plaça sur les pattes arrière du côté gauche du vieillard et, élargissant ainsi la clôture par le poids de son corps, il ouvrit la voie à l'homme juste, et ainsi le vieillard passa à côté du lion, en touchant son dos à sa colonne vertébrale; après quoi le vieillard et le lion s'en allèrent.
Un jour, un de ses frères est venu trouver Jean. Il n'avait rien à manger. Il lui a dit: "Tu es resté ici sans rien à manger. Pourquoi donc?" Le vieil homme lui a répondu: "C'est une grotte spirituelle. Elle donne et elle prend.
Ce père agréable à Dieu, après avoir vécu dans ses exploits et ses travaux de jeûne assez longtemps, s'est retiré au Seigneur et a été compté parmi les saints, devant le Père et le Fils et le Saint-Esprit, un dans la Trinité à notre Dieu, à Lui la gloire pour toujours, amen.
